Lettre aux pacifistes,

Voici quelques principes simples que je crois utile au discernement.

La force, hélas, oblige l’utilisation de la force pour défendre la victime. Cependant, avec une très grande solidarité contre l’attaquant, cette défense demande beaucoup moins de force et peut même se résoudre par la simple dissuasion. Le manque de solidarité contre l’attaquant constitue une passivité sur laquelle il s’appuie.

Cependant, en dessous de l’impulsion d’attaquer, il y a la nécessité pour l’attaquant de canaliser l’agressivité qui se dirigerait normalement contre lui, et de l’orienter vers un ennemi interne et un ennemi externe. Il n’attaque en conquérant que parce qu’il est tyran dans son pays (même si sa population n’en est pas consciente et que le tyran n’est pas un tyran politique, mais économique, exemple, sur 248 ans d’existence, les É-U ont été en guerre 231 ans[1]).

Aussi, la génératrice de la violence, c’est l’injustice dans les échanges économiques, car le propre de la conscience humaine est de se révolter contre les souffrances et les malheurs causés par l’injustice. Cette colère, redirigée par la tyrannie politique ou économique, est la source de pratiquement toutes les guerres. Dans le capitalisme boursier, l’obligation de faire plus de profits que le concurrent équivaut à rendre structurelle l’injustice. Dans le capitalisme d’État, comme la Russie ou la Chine, la tyrannie de la planification et des oligarques est manifeste.

Bref, je pense que les personnes qui veulent contribuer à la paix doivent d’abord travailler à la justice et à la solidarité nécessaires pour combattre l’injustice. À ce titre, placer l’attaquant sur le même pied d’égalité que l’attaqué, l’oppresseur sur le même pied que l’oppressé, est probablement la pire des injustices (combien de femmes subissent cette injustice criminelle), et cela brise la solidarité.

Pour cette raison, je suis en désaccord avec le pacifisme qui imagine pouvoir arrêter une guerre par une sorte de capitulation négociée en défaveur de la victime.

 

Jean Bédard